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« La musique est un remède contre notre besoin de posséder »

« La musique est un remède contre notre besoin de posséder »

Rencontre avec Paul Agnew

Ce ténor britannique assure la direction musicale des Arts florissants. Il cherche à transmettre son amour pour la création des années 1675-1750. Rencontre avec un chef réputé qui parle de sa mission avec cœur, et humilité.


-Quelle est la première musique dont vous ayez souvenir ?

Je pense à deux disques. Quand je les entends, je me vois à la maison, enfant, dans le salon avec mes parents. Il y avait un grand album noir de Franck Sinatra qui s’appelait Songs for swingin’ lovers !. Je me souviens avoir accompagné ma mère dans le magasin pour le commander. Elle le voulait absolument. Je crois que c’est la seule fois que je l’ai vue faire cela. Ma famille ne s’intéressait pas tellement à la musique. L’autre disque que nous écoutions souvent rassemblait aux concerti pour violon de Mendelssohn et de Bruch. Encore aujourd’hui, je ne sais jamais quel morceau attribuer à l’un ou à l’autre, car on retournait le disque et cela recommençait !

-Comment s’est passée votre rencontre avec le chant ?

À sept ans, j’ai chanté une petite chanson dans une pièce de Andrew Lloyd Webber qui s’appelait Joseph and his Technicolor Dreamcoat. On m’avait donné le rôle de Joseph. Cela n’a rien de remarquable car il existe une grande tradition de chant dans les écoles britanniques. Nous habitions à cette époque dans le Pays de Galles, à Cardiff. Par hasard, le directeur du chœur de la cathédrale était là. À la fin du spectacle, il est allé voir mes parents pour leur proposer de m’emmener aux répétitions. Je suis venu une première fois, puis j’ai compté les heures jusqu’à la séance suivante. Pour moi, c’était le choc, comme une lumière… À tel point qu’à l’école je regardais ma montre, en attendant de retourner dans la cathédrale pour chanter. Depuis, j’ai chanté tous les jours.

-En France, nous avons perdu cette tradition des chœurs. En quoi forme-t-elle à la culture musicale d’un peuple ?

D’abord, cela normalise la musique. En Grande-Bretagne, il est quasiment impossible de rencontrer quelqu’un qui n’a jamais chanté. Comme pour toutes les activités physiques, il y a une petite technique. Les enfants l’apprennent très tôt (…).

Propos recueillis par Priscille de Lassus