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Roumanie : Des églises neuves à foison

Roumanie : Des églises neuves à foison

Avec les photos d'Antal Bánhegyesy

Depuis la chute du régime communiste en 1989, la Roumanie construit des églises. Énormément d’églises. En trente ans, ce pays à forte majorité orthodoxe en a érigé, toutes confessions confondues, près de dix mille. Ce phénomène s’explique par la fin de la répression envers les cultes. Mais il n’est pas dénué de considérations politiques.


Dix-huit mois après sa consécration, la cathédrale du Salut-de-la-Nation-Roumaine est toujours bardée d’échafaudages. Les travaux ont pris du retard, et les grues s’activent encore autour de la gigantesque coupole centrale, qui culmine à 120 mètres de haut. À terme, l’édifice couleur brique sera d’un blanc immaculé, orné de dômes dorés, et pourra accueillir jusqu’à 5 000 fidèles, un record dans le monde orthodoxe.

En plein centre de Bucarest, caché derrière le pharaonique Palais du Parlement exigé par Nicolae Ceauşescu, le chantier a déjà englouti plus de 100 millions d’euros. La facture finale pourrait, selon certaines prévisions, quadrupler d’ici à l’achèvement des décorations intérieures et extérieures, désormais attendu pour 2024. Une somme titanesque dans un pays où le salaire minimum s’élève aujourd’hui à 270 euros nets mensuels.

Entamée en 2011, la construction devait parachever les célébrations du centenaire la Grande Union de la Roumanie, le 1er décembre 1918, marquant la réunion des trois grandes régions historiques du pays : la Valachie au sud, la Moldavie au nord-est et la Transylvanie au nord-ouest.

Consacrée avant même le terme des travaux de gros œuvre, la cathédrale symbolise à elle seule l’importance dont jouit aujourd’hui l’Église orthodoxe en Roumanie, où 86% de la population locale dit lui être fidèle. Une influence qui lui a notamment permis de trouver un soutien de premier plan auprès des pouvoirs publics pour la réalisation du projet.

Dans un État officiellement laïc, la question du terrain a d’abord fait l’objet de longues tractations. Après que plusieurs parcs de la ville ont été envisagés, l’attribution par la mairie de Bucarest d’une parcelle de onze hectares sur la colline de l’Arsenal, en plein centre de la capitale, a fait jaser les détracteurs du projet. D’autant que cette installation sur un terrain évalué à plusieurs dizaines de millions d’euros et jouxtant le bâtiment le plus emblématique de la ville a été accompagnée d’un soutien pécuniaire conséquent. Selon les médias roumains, qui ont compilé de nombreuses données, 70 à 80 % des 110 millions d’euros investis au 1er décembre 2018 proviennent de sources publiques, qu’il s’agisse de l’État, de la ville de Bucarest ou de ses six mairies d’arrondissement. Ce que corrobore le Patriarcat roumain (…).

Par Sylvain Moreau, correspondant à Bucarest