Lyon la catholique au temps des canuts

Lyon la catholique au temps des canuts

Trésors d'un patrimoine original

La basilique de Fourvière est le monument le plus spectaculaire du renouveau religieux qui s’empara de Lyon au XIXe siècle. Il se traduit par une ouverture à la mystique féconde pour les artistes mais aussi par un engagement précoce sur le terrain social.


« C’est sans doute dans le catholicisme que Lyon trouve au XIXe siècle le statut de capitale auquel elle aspire de toutes ses forces», estime Philippe Dufieux, professeur à l’école nationale d’architecture de Lyon, qui raconte si volontiers les secrets de la ville. La cité marchande a perdu son autonomie, déjà réduite en 1596, lors de la Révolution avec le siège de 1793. Un traumatisme qui marque toute une génération mais qui signifie surtout la soumission définitive au pouvoir de Paris. La municipalité ne peut plus jouer l’indépendance. Pourtant, la période se caractérise par une formidable croissance. La population passe ainsi de 110 000 habitants en 1800 à 460 000 à la fin du siècle. Cette explosion démographique s’explique par les mouvements migratoires. Elle profite également de l’annexion des faubourgs en 1852. L’activité économique fait preuve d’une belle dynamique grâce au développement du commerce et de l’industrie.

C’est aussi le moment d’une véritable renaissance religieuse. «En quelques décennies à peine, ce diocèse parvient à s’imposer au premier plan de l’église de France par son rayonnement spirituel. Lyon mise alors sur la légitimité de son antique fondation comme sur la vitalité missionnaire des hommes et des femmes de son temps. »

Résistant à toutes les tentatives de centralisation, qu’elles soient romaines ou parisiennes, la capitale des Gaules invente ainsi une façon singulière de vivre la religion, « à la fois mystique et sociale ». Cette identité marque le paysage urbain et donne naissance à deux œuvres monumentales d’une profondes originalité : le Poème de l’âme du peintre Louis Janmot et la basilique de Fourvière de l’architecte Pierre Bossan.

Après le Concordat de 1801 qui scelle le retour de la paix religieuse en France, Bonaparte installe son oncle sur le siège épiscopal de Lyon. Le cardinal Fesch met en place une administration efficace qui permet de réorganiser les paroisses et de réinstaller quelques ordres religieux. La même année, des laïcs fondent la Congrégation mariale qui exerce une influence considérable sur les jeunes gens en prônant la prière, la formation et la visite aux personnes démunies, notamment les migrants savoyards et auvergnats. Dans une France bouleversée par la Révolution, cette précocité de la reconstruction catholique est vraiment une spécificité lyonnaise. (…)