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Grandiose Jérusalem
Temple de Jerusalem

Grandiose Jérusalem

Portrait d’une cité gréco-romaine

Au temps de Jésus, Jérusalem figure au palmarès des plus belles villes du monde. Si elle a perdu son statut de capitale, elle porte encore les marques de son âge d’or. Les Hasmonéens l’ont agrandie et parée de nouveaux monuments. Hérode a surenchéri. Les dernières recherches archéologiques permettent de mieux comprendre l’organisation de cette cité d’Orient pétrie de références classiques.


À quoi ressemblait la Jérusalem parcourue par Jésus aux jours de sa vie publique (environ 30 ap. J.-C.) ? Contrairement aux idées reçues, souvent inspirées du chaos apparent des actuelles rues du Souk de la vieille ville, c’était une belle cité gréco-romaine orientale à l’urbanisme bien conçu, avec de larges rues bien tracées, desservant les monuments classiques de toutes les capitales de l’époque. La ville sortait alors d’une des périodes les plus fastes de son histoire : pendant presque deux siècles, elle avait été la capitale des Juifs, embellie par des souverains successifs bénéficiant de longues périodes de stabilité politique.

Le plus connu, Hérode le Grand (40-4 av. J.-C.), manifesta son génie de bâtisseur en y poursuivant une politique de grands travaux au long de ses 33 années de souveraineté à Jérusalem : en premier lieu, la forteresse Bâris, son premier palais royal rebaptisé Antonia en l’honneur de Marc-Antoine, fut embellie. Les dernières recherches fondées sur l’analyse des réseaux de rues fossiles ont montré que le roi des Juifs avait aussi loti au nord du Temple un nouveau quartier hors-les-murs aux rues à angle droit, dit de Bézétha pour y construire, non loin des piscines de Bethesda, connues pour leur vertu curative, un théâtre à la romaine. Un hippodrome fut aussi bâti hors de la ville : le but était de réunir à Jérusalem des jeux en l’honneur d’Octave acclamé Imperator à la suite de sa victoire d’Actium (-31). Peu de temps après, Hérode construisit à l’ouest de la cité, dans la « ville haute », un nouveau palais royal au luxe raffiné, agrémenté de jardins somptueux et pourvu de trois hautes tours inexpugnables. Il réhabilitait ainsi l’un des plus anciens quartiers de Jérusalem qui allait devenir le quartier chic et qui, avec la « ville basse », l’antique ville de David, constituait le secteur le plus ancien de la ville, déjà loti au VIIIe s. av. J.-C. Du temps de Jésus, ces deux quartiers – ville haute et ville basse – étaient entourés du Premier mur, une muraille reconstruite par les rois hasmonéens qui précédèrent Hérode.

Les transformations urbaines d’envergure se faisaient au grand dam des juifs pieux qui y voyaient une politique contraire aux us et coutumes de leur peuple. Certains se conjurèrent même en vue de tuer le roi, coupable selon eux d’avoir installé dans le théâtre des enseignes idolâtriques représentant l’empereur. À l’inimitié croissante entre le souverain et ses sujets répond sans doute la décision d’Hérode d’agrandir le Temple – par souci d’apaisement – aux alentours des années 20 av. J.-C. Mais son projet étonnait par sa démesure, provoquant même l’incrédulité lorsqu’il fut dévoilé. Il consistait à réaliser l’une des plus vastes esplanades sacrées de l’Antiquité selon un plan typiquement romain : un grand forum – l’esplanade des mosquées actuelle – dépassant 12 hectares, soit presque 17 terrains de football, au centre duquel se trouvait le sanctuaire proprement dit, culminant, selon l’historien Flavius Josèphe, à 50 mètres de hauteur – un immeuble de 15 étages. Le tout était bordé sur trois côtés de majestueuses colonnades hautes d’une quinzaine de mètres et sur le quatrième côté (au sud) d’une splendide « basilique royale », haute d’environ 30 mètres – un immeuble de 9 étages –, couvrant une surface rectangulaire de 180 mètres sur 32 – environ 23 terrains de tennis. L’élogieuse description du Temple et de l’immense basilique par Flavius Josèphe – dont l’exactitude n’est pas douteuse – témoigne de la volonté d’Hérode de doter sa capitale des plus grandioses bâtiments susceptibles d’être réalisés par l’ingénierie de l’époque. Il fallait aller alors jusqu’à Éphèse (…).

Par Dominique-Marie Cabaret, chargé du département d’archéologie de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem