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Hérode le Grand

Hérode le Grand

Un parvenu sur le trône de Judée

Le roi Hérode doit sa couronne au soutien des Romains. Ses parents sont d’origine étrangère. Il ne possède pas l’aura de l’ancienne dynastie hasmonéenne, liée au service du Temple. Toujours sur la défensive, il élimine sans pitié ses rivaux.


Rome, 40 av. J.-C. Les triumvirs Marc-Antoine et Octave, petit-neveu de Jules César, arrivent au Sénat accompagnés d’un jeune inconnu, tout juste débarqué en Italie. Marc-Antoine l’a déjà rencontré plusieurs fois en Judée. Il se nomme Hérode. C’est le fils d’un conseiller de l’ex-roi et grand-prêtre Hyrcan, un certain Antipater, qui avait mis tous ses talents de diplomate et de guerrier au service de Rome en Égypte et en Syrie et en avait été dûment récompensé. Hérode a déjà manifesté en diverses occasions sa loyauté envers les bienfaiteurs de son père. Aujourd’hui, il vient avertir les Romains du danger qui les menace, eux et lui.

L’unique descendant mâle vivant de la dynastie hasmonéenne qui avait régné sur la Judée (-160-63 av. J.-C.), Antigonos fils d’Aristobule II, a réussi à reconquérir le trône que Pompée avait ôté à son père en l’an -63. Il a reçu le soutien armé des ennemis de Rome, les Parthes, venus de l’ancien Empire perse, et règne à Jérusalem. Hérode et son frère aîné Phasaël ont réuni des troupes pour s’opposer à l’avancée des Parthes qui atteignent déjà les rivages méditerranéens, mais elles sont insuffisantes. Le peuple est avec Antigonos. Hyrcan est exilé en Babylonie et Hérode a dû mettre sa famille à l’abri dans la forteresse de Massada avant son départ. Si Rome n’intervient pas en Judée, c’est tout l’Orient qui tombera aux mains des Parthes.

Les arguments exposés par Antoine convainquent immédiatement le Sénat qu’Hérode est l’homme de la situation. Encore faut-il le renforcer. Puisque son rival Antigonos est roi, le Sénat proclame à l’unanimité Hérode roi des Juifs. Pour célébrer l’avènement d’Hérode, un sacrifice est offert au Capitole, suivi d’un grand banquet.

Cependant, Hérode sait qu’il aura du mal à se faire accepter par son peuple. Qui est-il pour prétendre au trône ? Du côté de son père, il appartient à ces Iduméens fraîchement convertis au judaïsme, du côté de sa mère, il est allié aux Arabes nabatéens. Même s’il peut se dire juif par la religion à laquelle il est censé adhérer, il n’est pas Judéen et ses sujets judéens lui préfèreront toujours son rival. Avant son départ pour Rome, il s’est fiancé à une princesse hasmonéenne, la très belle Mariamne (Myriam) (…)

Par Mireille Hadas-Lebel, professeur émérite d’histoire hébraïque à l’Université de Paris Sorbonne, spécialiste du judaïsme de l’Antiquité tardive