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Sainte-Sophie, la perle du Bosphore

Sainte-Sophie, la perle du Bosphore

Une autre histoire de la Turquie

Avec sa coupole aérienne et ses nombreuses ouvertures, la basilique Sainte-Sophie offre un lumineux témoignage de l’art byzantin. Une histoire qui remonte au VIe siècle.


Depuis le 24 juillet, Erdogan a transformé Sainte- Sophie en mosquée. Un symbole pour le président qui souhaite que la Turquie renoue avec son passé islamique après des décennies de régime laïc instauré par Mustafa Kemal. Le monument quitte son statut neutre de musée, acquis en 1934, pour retourner au culte musulman, dans la lignée de la conquête de 1453. Le récit national est en train de changer. Les projecteurs se braquent sur les Otto- mans.

Cependant, comment effacer les siècles qui précèdent ? Le sanctuaire raconte une autre his- toire de la Turquie, celle des empereurs byzantins qui entretiennent le flambeau de la romanité sur les rives du Bosphore. Au VIe siècle, Constantinople est la plus grande ville du bassin méditerranéen avec 400 000 à 600 000 habitants. Elle surpasse Antioche et Alexandrie. La cité porte le nom de son fondateur, Constantin, qui voulait en faire une nouvelle capitale. Très tôt, elle compte une église patriarcale. Mais l’édifice disparaît dans un incendie lors de la révolte populaire de 532. L’empe- reur d’Orient s’appelle alors Justinien. C’est un souverain ambitieux qui a engagé une importante réforme juridique en organisant la compilation des lois anciennes et nouvelles dans un code qui porte son nom. Sur le plan militaire, il envoie son armée en Occident à l’assaut des royaumes barbares pour rétablir l’intégrité de l’Empire romain. Le général Bélisaire arrache l’Afrique du Nord aux Vandales et récupère l’Italie tenue par les Ostrogoths. Partout, Justinien lance de gigantesques chantiers : ponts, villes, citernes, palais, églises, fortifications, etc.

À Constantinople, il veut construire une église exceptionnelle sur le site de l’ancienne basilique. Une façon d’asseoir son pouvoir. L’empereur se considère comme le défenseur de la foi orthodoxe, en lutte contre les hérésies, tandis que son épouse Théodora soutient les monophysites. Le nouveau sanctuaire est dédié à la Sagesse divine, Hagia Sophia en grec. Gigantesque, il communique directement avec le siège du patriarche de Constantinople et accueille une tribune impériale. Un statut à part. Deux architectes sont chargés des travaux : Isidore de Milet et Antémios de Tralles. Ils disposent de moyens colossaux qui permettent d’achever le projet en quelques années à peine (532-537). Le résultat éblouit les contemporains (…).

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