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« Le catholicisme français a changé de format »

« Le catholicisme français a changé de format »

Entretien avec Guillaume Cuchet

Auteur d’un livre remarqué, Comment notre monde a cessé d'être chrétien, Guillaume Cuchet s’interroge en historien sur la crise traversée par le catholicisme français depuis le milieu des années soixante.


Codex : En vous lisant, j’ai d’abord retenu que vous considérez la thèse de Cholvy et Hilaire acquise chez les chercheurs. À savoir, depuis la Révolution, nous n’assistons pas en France à un mouvement de déchristianisation « linéaire, continu et irréversible » mais à des mouvements de flux et de reflux du sentiment religieux. 

Guillaume Cuchet : Oui, en un sens c’est un effet historiographique des enquêtes de sociologie pastorale pilotées par le chanoine Boulard dans la vingtaine d’années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. En remontant le fil du temps dans les diocèses à partir de la situation révélée par ces enquêtes, on s’est aperçu que le mouvement de déchristianisation n’avait été ni linéaire, ni continu, ni irréversible. Cholvy et Hilaire ont été, parmi les historiens, les principaux disciples de Boulard et leur apport, de ce point de vue, a été important. Ils ont mis en évidence dans cette histoire des phases de reprise (par exemple entre 1835 et 1870, ou 1930 et 1960), qui me paraissent en effet bien attestées. Seulement, ils ont eu tendance à sous-estimer, dans la reconstitution du processus d’ensemble, que si ses phases de reprise étaient bien réelles, elles se sont malgré tout produites à l’intérieur d’une tendance baissière de longue durée. Donc à chaque fois un cran au-dessous dans le trend.

Codex : Avec votre livre, les commentateurs semblent découvrir que la crise dont nous voyons les effets ne remonte pas à Mai 68 ou à Humanæ Vitæ mais à 1965. La nouveauté est que vous étudiez pour la première fois cette phase de reflux ?

G. Cuchet : Je suis reparti des données rassemblées par le chanoine Boulard pour le compte de l’épiscopat dans les décennies d’après-guerre (…).

Retrouvez l’intégralité de cet article dans Codex #08.