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Nativistes contre migrants

Nativistes contre migrants

Les fidèles du pape ne sont pas les bienvenus

Pour les courants nativistes, l’Amérique des pères fondateurs est blanche et protestante. Les « papistes », au même titre que les Afro-Américains, n’en font pas partie. L’exemple de Boston.


Soixante ans après l’élection de John F. Kennedy, l’anticatholicisme (ou les accusations d’anticatholicisme) reste latent aux États-Unis. Contrairement à une idée reçue, il n’est pas réservé aux marges fanatiques de la société étatsunienne. Selon l’historien John Higham, l’anticatholicisme est « la plus ancienne et – dans l’Amérique des premiers temps – la plus puissante des traditions anti-étrangers ». Au XIXe siècle, l’arrivée massive d’Européens catholiques, des « autres » sur le plan religieux, remet en question une identité américaine qui se fondait sur des valeurs protestantes.

Au XVIIe siècle, les colons introduisent l’anticatholicisme réformé sur la côte est nord- américaine. Dans le Massachusetts puritain, les enfants jouent à « Casse le cou du pape » et déchiffrent des phrases comme « Déteste cette détestable prostituée de Rome ». Les « papistes » de l’Amérique coloniale ne sont pas jurés ou officiers publics, ne portent pas d’armes à feu. Les discriminations s’atténuent pendant la guerre d’Indépendance (1775-1783) : des puissances catholiques s’en- gagent aux côtés des colonies. Dans la jeune république américaine, les protestants valorisent la démocratie libérale, une éthique de travail, l’alphabétisation, l’éducation publique. Ils estiment que la pratique « papiste » est superstitieuse. À leurs yeux, la non-séparation entre l’État et l’Église catholique entraîne la corruption, n’est pas démocratique et donc pas américaine (…).

 

Par Élodie Giraudier, post-doctorante, Harvard University

 

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